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Quand les vraies niaises fustigent les fausses putes

mardi 21 novembre 2006

L’autre jour, sur un forum transgenre, un salve de contributions est venue fustiger le "look pute" qu’elles attribuent à certaines tgirls, au nom de la défense du vrai bon goût féminin. AgacéE par leur putophobie autant que par cette opération de police des normes glorifiant l’ordre hétéropatriarcal, je me suis fenduE d’un petit billet mettant à mal ce bel étalage de niaiserie.

Existe-il un look niaise ou bien s’agit-il d’une disposition générale ?

Dans une société hétéropatricale comme la notre, les stéréotypes féminins sont produit pour le confort des "hommes". Certes, les "femmes" contribuent largement à leur diffusion (ne serait-ce qu’à travers l’éducation des filles) et la société adapte ses stérotypes tant à l’évolution des besoins de la reproduction sociale élargie (du marché à la famille) qu’aux poussées revendicatives du féminisme. La nature du régime politique qui régule la relation entres les genres (qu’on l’appelle "domination masculine" ou hétéropatriacat ou....) n’en est pas transformée.

En conséquence, s’imaginer qu’ayant été éduquées comme des hommes - et ayant vécu socialement plus ou moins longtemps dans cette seule position - on puisse, franchissant la barrières des genres, faire autre chose que projeter une image masculine des femmes serait faire preuve d’une grande naïveté. Car comment considérer que l’asymétrie des positions sociales puissent donner les mêmes regards sur les normes ? Comment croire que le genre qui opprime et le genre opprimé vivent l’oppression de la même manière ?... Même si l"oppression est un tout dans lequel, les unes et les autres, quel que soient leur rôle, se trouvent enchainéEs.

Dans leur vie courante, les "femmes" adoptent des tenues fort peu "féminines". Contraintes à jongler entre l’impératif de féminité et le quotidien de l’oppression, elles cherchent, trouvent et imposent des compromis. Comme toute opprimée, c’est à elle que revient, à la fois, de subir l’oppression, d’en assumer le vécu et d’en gérer les contradictions. Sur le plan vestimentaire, on se retrouve avec la cohabitation de deux images dont la plubiicité - toujours aussi amorale - se saisit avidement : l’hyperféminité (celle de la mode) et la femme commune (celle de la consommation domestique). Ces deux images partagent de nombreux points, à commencer par les coprs, même si leurs vêtements les différencient. L’une et l’autre sont le produit d’une histoire en marche et d’une histoire qui se transmet de manière différenciée selon les genres.

Il n’y a, pour nous, pas plus d’authencité à adopter l’une que l’autre car seule est authentique la manière propre que l’on aura d’habiter l’une et/ou l’autre. L’hyperféminité n’est que l’image aseptisée de la pute vue par les hommes, c’est-à-dire de la femme qui fait sien le plaisir de plaire à l’homme, celle qui plie son corps et ses désirs aux fantasmes masculins, avant même d’en réserver la jouissance exclusive autant qu’hypothétique à un homme singulier. La femme commune est le produit et l’expression d’une lutte : une lutte vis-và-vis de l’extérieur pour se préserver des formes les plus aggressives de l’oppression et une lutte intérieure pour conserver une identité féminine tout en revendiquant de n’en pas respecter les codes.

Ma fréquentation régulière du métro parisien et des amphitéâtres universitaires de province ne m’indinque pas qu’un bouleversement soit en cours dans ce domaine.

Messages

  • [...] Après plusieurs années de bonne, loyale et sincère investigation, j’en ai quand même déduit que : la féminité, c’est la putasserie. L’art de la servilité. On peut appeler ça la séduction et en faire un machin glamour. Ça n’est un sport de haut niveau que dans très peu de cas. Massivement, c’est juste prendre l’habitude de se comporter en inférieure. [...]

    Virginie Despentes, King Kong Théorie, p 136

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