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Corporelle

mercredi 23 septembre 2026, par Flaz

Les autres dansaient, je crois. Le type de mouvement que l’on exécute ou c’est la musique que l’on met au martyr. Je n’y arrivais pas.

Alors, j’ai arrêté de faire semblant. Arrêtée. Immobilité flottante, en lisière, plus que petite danse ancrée.

Une main sur mon épaule nue. Par derrière. J’ai pensé à quelqu’un⋅e qui voulait passer, j’étais sur son chemin. Et puis ton autre main, sur l’autre épaule. Douce, posée sans poids excessif, sans frottement parasite : l’air plus tiède, la peau, la pulpe et la pression qui s’arrête quand on devine à peine l’os. Presque un cours de comment on ne peut pas toucher sans se sentir toucher, touchée. En vrai, malheureusement, on peut. Mais là, au propre, on ne touche pas, on tripote, au figuré on ignore ou on poignarde.

Et puis la rotation. Tu enclenches à peine le mouvement et je te suis, attentive à la vitesse que tu m’imprimes, sans l’accélérer ni la ralentir, alerte, active. Ton demi-pas qui me frôle. Je sais que c’est toi avant de deviner ton visage du coin de l’œil. Parce que je voudrais que ce soit toi. J’en conviens. C’est mon côté pas finie qui croit à la magie, rien à voir avec ce que beaucoup nomment « optimisme ». L’envie que que ce soit toi, que ce soit arrivé. Et la forme de tes mains. Beaucoup. Ma peau les as reconnues, fines, tes longs doigts souples que j’avais observés quand on essayait encore de danser.

En s’est enlacées, comme si on se retrouvait après une journée de séparation forcée, mais habituelle. Nous avons glissé sur la musique, trouvant comment enchevêtrer nos corps, nos membres, jusqu’à ce qu’il ne reste pas d’espace à combler. Nos têtes, nos joues, nos cous en dernier.

Un instant, j’ai pensé qu’on pourrait s’embrasser, que ça pourrait arriver, aussi naturellement que le reste. Avant qu’il ne s’évanouisse, j’ai pensé que tu pensais probablement la même chose. Mais il aurait fallu rompre le contact.

Quand la musique s’est tue, faute de volontaire, nous ne pouvions que continuer, jusqu’à ce que nos sueurs nous collent, que nos lents balancés aient célébré notre moiteur, au milieu du dancefloor silencieux.


Atelier Langues de lutte sur le thème « Pelle ou râteau », septembre 2026. Consigne, « raconter une pelle ou un râteau » (20’).