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Sous le regard du plus grand des anatidés
dimanche 31 mai 2026, par
Dans la cour familière, aux gros pavés disjoints,
un cri.
Une urgence.
Stoppée net.
« Tu les entends avant de les voir » m’a appris M.
Écouter.
Filtrer le brouhaha
jusqu’à la frange bruiteuse du silence.
Localiser.
Écouter encore.
Préciser.
Regarder.
Trois étages plus haut.
Lui, au bord du toit
agité
sonore.
Elle
tête en bas
verticale
muette
sidérée
pendue par sa patte gauche
à une maille du filet
grillage mortel
de la frontière intérieure
entre nos espèces.
Un gars,
pressé,
lâche « il est mort. »
Comment a-t-il pu, la regardant
ne pas l’avoir vue respirer
à vitesse panique ?
Morte ? Ça doit être ce qu’elle vaut à ses yeux.
Si elle le vaux, elle le mérite déjà.
Turque et tourterelle, la double-peine…
Par dessus mon bras pointé
une seconde entière
je croise le regard de Z.
Elle fait demi-tour, disparaît dans le bâtiment, ressort portant une échelle d’une longueur improbable.
Pas besoin de se parler pour savoir qu’elle montera, vertigineuse, que je l’assurerai d’en bas.
Pas besoin de se parler pour ignorer les autres
retenir le dégoût que font naître en nous
leurs regards interrogatifs
si serein⋅es
si cultivé⋅es
si civilisé⋅es
qu’iels se demandent
pourquoi on ne laisse pas ce pigeon crever.
Atelier Langue de lutte sur le thème « Brûler la politesse », mai. 2026. Évoquer des souvenirs localisés.